«… comme si mes pas engendraient la parole…»

«Il n’y a de temps perdu que pour les comptables de l’existence. Il n’y a que du temps passé à vivre. Et on peut vivre de bien des façons. Rêver ou flâner vous restitue la bienheureuse liberté de l’enfance, ce temps qui ne comptait pas, qu’on ne comptait pas davantage parce que le temps n’avait ni commencement ni fin, large fleuve tranquille qui se jetait dans la mer, autant dire dans l’infini recommencement des choses et du monde. Le langage, le travail du langage, m’est d’abord venu de ce temps passé apparemment en pure perte, dans cette liberté de la flânerie, comme si mes pas engendraient la parole, comme s’ils en scandaient l’afflux.»

André Major, Le sourire d’Anton ou L’adieu au roman. Carnets 1975-1992, Boréal, coll. «Boréal compact», Montréal, 2012, p. 167.

Publicités