Aloysius

[Série 4. Suite d’Étienne, enfin]

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On ne voit même plus les bulles dont les nervures subtiles captent toutes les couleurs du prisme. Il ne reste que les rires d’une enfant accompagnés de gestes quelque peu maladroits, puis des genoux et des tibias qui terminent leur course dans le gazon.

Autrefois le lieu d’un « temple maussade, sinon hostile », ravagé par le feu en 1972, le parc Saint-Aloysius (prononcé a-lo-ï-chuss, rappelle Jean Hamelin dans ses Rumeurs) a ensuite été une friche pour les joueurs de frisbee qui, soudainement, disparaissaient dans les foins pour fumer deux ou trois brins d’herbe. Saint-A., faut-il le mentionner, est autrement connu des francophones sous le nom de Saint-Louis-de-Gonzague, décédé à vingt-trois ans de la peste, à Rome, en 1591.

C’est maintenant sur un gazon fraîchement coupé et sur des modules de jeu aux couleurs de super-héros qu’une marmaille déplace un air charroyant encore, ça et là, des odeurs de pot. Des participants du Color Me Rad, assis en tailleur et disposés en cercle, partagent des sandwichs sans croute, du Gatorade et de la Pabst Blue Ribbon. Deux femmes dans la jeune vingtaine, après avoir échangé un ballon de football, quittent les lieux en se tenant par la taille – près d’un bout de clôture rouillée, un index effleure une fesse, avant de se réfugier dans les lacets de l’ovale. Un homme hâve, transportant sur un diable d’acier tordu une télévision cathodique, interrompt temporairement la progression d’une partie de soccer. Des jeux de marelle ponctuant le sentier asphalté qui mène à l’aire de jeux pour enfants, accueillent les sauts, les cris et les insultes d’enfants. À hauteur de leurs yeux, une king size de Labatt 50, tenue par une main vierge de gerçures, repose sur la peau eczémateuse d’un genou.

Tout au bout du sentier bariolé de craies rose, jaune, bleue et verte, une fillette qui n’a rien de slave, mais porteuse d’une prénom qui en a la prétention, se balance sur un cheval à ressort dont il ne reste pour seule tête que quatre écrous borgnes.

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