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On retrouve au premier plan un poteau électrique. Un examen attentif, suivant les conducteurs décrivant une ligne diagonale (du coin inférieur gauche au coin supérieur droit) le regard se pose sur l’un des clochers de l’église Très-Saint-Rédempteur qu’on retrouve à l’arrière-plan – un fil passe devant la croix qui surmonte le dôme, puis l’œil juste au-dessous qui, si la photographie n’était pas légèrement sous-exposée, te rappellerait la carapace d’une tortue. Ce dôme, en fait, laisse plutôt l’impression de la partie supérieure d’un œuf. On bifurque ensuite vers le cylindre du transformateur, distingue le parafoudre ou la traversée – l’un ou l’autre se trouve dissimulé derrière le poteau de bois. Quatre câbles partant du sommet du cylindre rejoignent un point d’alimentation en décrivant une forme cardioïde : une main nerveuse a ajouté quelques traits au plomb pour en accentuer les courbes. Le fusible attire l’attention, suspendu par un triangle fixé dans le tronc mort. Au-dessus, trois isolateurs. Le coin inférieur droit attire l’attention à la toute fin : la même croix, le même dôme-coquille – une fusée, un biberon peut-être, qui ne ferait que déchirer gorge, palais et joues tout à la fois –, le même œil noir sans iris. Le duo te donne l’impression de calmars aux tentacules arrachés par le cadrage.

On referme le livre, l’ouvre de nouveau : même page. Les deux larrons, à l’arrière, se tiennent cois. Un Christ de nœuds et d’arêtes se profile. L’isolateur : la tête. Les mains : quelque part agrippées aux conducteurs. Le fusible comme une plaie entre deux côtes. Le transformateur : sexe et cœur confondus. Vis-à-vis d’un point d’alimentation, les pieds, cloués.

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