Page 35

On remarque d’abord la corniche blanche que l’on suppose être de bois peint. Des houppiers de frênes la dissimulent en partie. Dans l’un d’eux on devine une masse plus dense – un nid d’écureuil, un lambeau de sac de plastique ou une tumeur, c’est selon. Les rameaux se perdent dans un ciel gris qui, à cause du fort contraste de la photographie, a dû être d’un bleu assez clair et sur lequel se détachent, au centre de l’image, trois pigeons en vol. En portant une attention aux traits de plombs laissées sur l’image, ils constituent la partie supérieure d’une obèle, complétée de la corniche comme barre horizontal et d’une porte – partiellement dissimulée derrière l’un des arbres – dont la moitié inférieure se tapie sous le cadrage noir. De chaque côté de cette porte, une fenêtre. Deux fenêtres que l’on imagine guillotines – à moitié dissimulée. Les trois ouverture pratiquées dans la façade aux tons bigarrés sont surmontées de linteaux de briques disposées à la verticale et dont la légère courbe laisse croire à des cils. Dans le coin inférieur droit, l’arête de briques, alternance de pâle et de foncée, laisse croire à une suture au bord de laquelle de petites ampoules blanches courent pour aller rejoindre la corniche et où le fil électrique qui les alimente, presqu’imperceptible, dessine des arcs. Ces lucioles, se dit-on, doivent y rester pendues à l’année longue. Un pointillé blanc saute sur les branches du frêne et termine sa course à hauteur de la porte donnant sur le balcon.

 

La légèreté du vol commande une image de liberté, mais la façade sombre s’impose soudainement telle le flanc d’une falaise. Une chute – on ne saurait dire de qui ou de quoi – jusqu’à la rive est fraîchement nettoyée de la rue Joliette.

Publicités