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Le violacé du soir remplace le blanc de la neige, le gris du ciel et des panneaux de polyvinyle horizontaux qui recouvrent un bloc appartement : une mince marge, dans le quart gauche de l’image, à laquelle se greffent les courbes d’un colimaçon dont les marches sont surlignées par une couche de neige. D’ailleurs, on l’imagine lourde, verglacée. Un poids qui se fond dans la noirceur des galeries abritant cinq fenêtres illuminées d’une lumière jaune dont le vacillement est presque tangible. Trois cadres sont emplis de noir – un quatrième est effacé, à hauteur du premier étage. On devine le gouffre à l’intérieur, mais quand on relève les yeux vers la découpe des toits, on se laisse prendre par le profil d’un quai se détachant sur un fond de ciel voilé. Mais l’imagination, n’est pas reine. Elle replonge à demi dans les mailles lâches des fils électriques et des branches chargées de neige – une ligne téléphonique, cachée dans ce fatras : une ligne qui griche et qui s’harmonise au grésillement des transformateurs, aux murmures qui filent, dans la ruelle, par les portes et les fenêtres en mal d’isolement.

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