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Le violacé du ciel persiste et, toujours, imprègne la neige qui recouvre le sol, la galerie d’un voisin qui s’évanouit en serpentins d’acier peints en noir, les fils électriques qui se confondent aux cordes à linge – tous soulignés d’un trait de noir et s’employant à obstruer le regard, mais aussi à renforcer l’impression de distance entre le point de vue adopté et les logements reposant sur la barre horizontale du T formé par le croisement de deux ruelles. L’assemblage de briques rouges et de colimaçons qui occupe le tiers central de l’image – qui s’obscurcit au fur et à mesure que le regard progresse vers la droite – est ponctué de taches jaunes à la circonférence rougeoyante. Une porte patio et l’une de ces taches sont dissimulées derrière un carré noir suspendu à une corde : on imagine un tissu raidi par le froid, ses usages quotidiens – une guenille qui aurait servi à essuyer des traces de sauce à spaghetti sur un planché marqué par des chaises chambranlantes, une débarbouillette qui aurait servi à épongé les quelques gouttes de sang du rasage matinal, la couverture d’une poupée qui auraient été traînée dans la boue puis nettoyée avec une patience infinie (ou pas) –, mais il ne s’agit que d’une surface sombre qui se refuse à l’épuisement de ses possibilités. On voudrait la délivrer des pinces qui la retiennent pour en fixer chacun des coins à ceux du cadre noir délimitant la page, car le regard est incapable de s’arrêter sur un détail assez longtemps pour en dégager la substance : du noir comme celui des paumes sur les yeux – il y aurait là, se dit-on, quelque chose comme du repos –, mais « regardons la vérité en face ». Il y a, au croisement de deux ruelles, l’impasse de vies silencieuses, avachies coincées entre un ciel et des asphaltes d’améthyste. Le regard a beau fuir, se réfugier dans le coin inférieur gauche de l’image occupé par un carré d’église – la rédemptrice aux deux larrons – surplombant briques, lucioles et épaves engoncées un jeu de clôture, se réfugier dans le halo de lumière – celui d’un lampadaire et bien d’un feu d’artifice fondu dans la cime d’un arbre – que l’on retrouve au centre du tiers supérieur. Rien n’y fait. Le fatras domine et rassure sous la dicté du pavillon noir.

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