«c’est l’objet qui dérive»

«Les liens entre des sites Web, qui représentent les mailles du réseau, peuvent se multiplier à l’infini. Ils indiquent les connexions possibles, des parcours multiples et réversibles: le terme « rhizome » est utilisé pour caractériser cette sorte de liens et leurs extensions. Étant multipôle et agissant en temps réel, les liens semblent indiquer que l’internaute peut atteindre plusieurs noeuds du réseau simultanément, et d’un seul geste. Dans ces conditions, le terme « nomade » vient à l’esprit et l’on ne se prive pas de l’utiliser pour désigner le geste de l’internaute cherchant à fixer un objet. Mais ce n’est pas l’internaute, qui nomadise, comme il aimerait le croire, c’est l’objet qui dérive dans un espace lisse, et le lieu qui perd sa qualité de stabilisation et d’enracinement pour devenir errant.» (p. 99)

«Dans le système cybernétique, quand le visiteur procède à une interface, il ne s’agit ni de savoir, ni de vérité, comme c’est le cas pour la maïeutique, mais de mise au réel. Une autre sorte d’accouchement prévaut ici: l’interface du visiteur achève l’art, il fait passer la fiction dans le réel.» (p. 129)

CAUQUELIN, Anne. 2006. Fréquenter les incorporels. Contribution à une théorie de l’art contemporain. Coll. «Lignes d’art». Paris: Presses Universitaires de France, 147 p.

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