Ce doit être eux

«Ce doit être eux», 2014.

«Il s’agit, selon le chef, non seulement de faire face, mais de se porter à la rencontre de l’ennemi. Il distribue généreusement les munitions, chaque avant-bras gauche épouse son bouclier, la main droite brandissant le tire-pois, puis dans un grand mouvement d’enthousiasme rugissant, cheveux au vent, le bouclier tendu sur la poitrine, le tire-pois aux lèvres, le sac de munitions traînant à la ceinture, la bande de la rue Cuvillier s’ébranle au pas de course, plus angoissée que jamais car c’est son premier combat et elle sait qu’elle sera opposée à des adversaires de taille, plus grands, plus forts, ayant la réputation de taper dur, ce sont effectivement des Irlandais, mais cela ne les rend pas moins redoutables, bien au contraire, tout à coup, l’index du chef pointe vers une direction vague, les voilà! les voilà! clament vingt poitrines prêtes à mourir, s’il le faut, on dirait en effet qu’on distingue quelque chose dans le lointain, entre les jambes des passants qui ne semblent guère troublés par ce qui se prépare, un point noir grossit à travers la circulation de la rue Ontario, les tramways, les autos, les voitures des boulangers, les charrettes des marchants de glace. Ce doit être eux

HAMELIN, Jean. 1971. Les rumeurs d’Hochelaga. Montréal: Hurtubise HMH, p. 189.

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