«Nulle hiérarchie, nulle préférence.»

Nulle hiérarchie, nulle préférence.

Vie sans surprise. Tu es à l’abri. Tu dors, tu manges, tu marches, tu continues à vivre, comme un rat de laboratoire qu’un chercheur insouciant aurait oublié dans son labyrinthe et qui matin et soir, sans jamais se tromper, sans jamais hésiter, prendrait le chemin de sa mangeoire, tournerait à gauche, puis à droite, appuierait deux fois sur une pédale cerclée de rouge pour recevoir sa ration de nourriture en bouillie.
    Nulle hiérarchie, nulle préférence. Ton indifférence est étale: homme gris pour qui le gris n’évoque aucune grisaille. Non pas insensible, mais neutre. L’eau t’attire, comme la pierre, l’obscurité comme la lumière, le chaud comme le froid. Seule existe ta marche, et ton regard, qui se pose et glisse, ignorant le beau, le laid, le familier, le surprenant, ne retenant jamais que des combinaisons de formes et de lumières qui se font et se défont, sans cesse, partout, dans ton oeil, au plafonds, à tes pieds, dans le ciel, dans ton miroir fêlé, dans l’eau, dans la pierre, dans les foules.

PEREC, Georges. 1967. Un homme qui dort. Coll. «Folio». Paris: Gallimard, p.

Nous vivons des variations de l’espace ici-bas:
mourons pour chacun et revivons pour tous.
nous sommes la meute, les bêtes enfouies
et dessinées par quelque enfant en bas âge.

Nous sommes là, contre les choses verticales,
pour les mener à l’oubli, à la décharge;
nous désencombrons les coeurs
parce que nous préférons ne pas, ne jamais.

[…]

LABINE, Marcel. 2005. Le Pas gagné. Montréal: Les Herbes rouges, p. 122

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