Le creux, l’écume et l’épidémie

«De l'écume et de l'épidémie», 2015.

« Les bulles dans l’écume, c’est-à-dire les couples et les foyers, les équipes et les communautés de survie, sont des microcontinents constitués sous forme autoréférentielle; ils ont beau prétendre être reliés à l’autre et à l’extérieur, lorsqu’on y regarde de plus près, ils s’arrondissent toujours d’abord en eux-mêmes. […] Leur harmonisation ne se déroule pas par communication directe entre les cellules, mais par infiltration de modèles, excitations, marchandises contagieuses et symboles dans chacune des cellules. »

– Peter Sloterdijk, Écumes. Sphères III, Hachette, coll. «Littératures», trad. de l’allemand par Olivier Mannoni, 2005 [2003], Paris, p. 52

« Tu as oublié l’âge exact de cette scène. Dans la terre battue de la cour tu as creusé de ta main gauche un trou juste assez profond pour qu’une poignée de billes puisse le combler. Accroupi avec d’autres, d’un seul coup de pouce du fait s’entrechoquer les marbres qui, selon les hasards du terrain (petites roches, papier chiffonné, éclat de bois, vitre brisée) iront se disperser plus ou moins près de la petite fosse. Tu ne sais plus comment le jeu prenait fin, tu as oublié les règles de ce jeu. Il ne te reste en mémoire que le petit bruit sec du verre qui claque sans pour autant altérer les spirales que les billes les plus belles emprisonnent dans leur sphère. C’était tu t’en souviens, des trésors convoités dont personne ne comprenait l’origine. »

– Marcel Labine, Papiers d’épidémie, Les Herbes rouges, Montréal, 1987, p. 74.

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