Animaux de compagnie

[Série 7. Suite de Moineaux des villes]

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Le colley du grand-père de Valérie est mort au courant de l’hiver. Depuis ce printemps, une perruche a été adoptée. Je ne connais pas particulièrement les espèces d’oiseaux exotiques, sinon la calopsitte. Celle d’une voisine de mes parents avait troqué sa cage contre le poteau de corde à linge d’une autre voisine. C’était en mai, les nuits étaient chaudes et il faut croire qu’il n’y avait pas de crécerelles dans les parages. Nous l’entendions chanter, et la voisine l’appeler doucement, soir et matin, du bas du perchoir improvisé : «Rico», «Rico», «Ri-co». «Veux-tu descendre, maudit innocent?» «Allez, Rico! Rico!» Un après-midi, armée de son attachement, de sa patience et d’une échelle, elle avait réussi à récupérer Rico et à le ramener à la maison.

Je ne sais pas quel nom porte le nouvel animal de compagnie du grand-père de Valérie, ni de quelle espèce il s’agit. Je l’entends surtout le matin, côté ruelle, quand je sors arroser les fleurs et les fines herbes. Son babillage enjoué se distingue nettement des autres moineaux des parages. En fin de journée, par contre, ce sont plutôt les aboiements répétés d’un chien qui captent mon attention. À intervalles plus ou moins réguliers il jappe; les sons parviennent d’un appartement que je n’estime pas situé au-delà de la rue Sherbrooke, bien que je ne puisse le localiser précisément. Des plaintes, des appels qui semblent s’espacer puis s’interrompre d’épuisement, comme si son maître n’en finissait jamais de ne pas arriver.

Un soir de canicule, Stéphane et Josée m’invitent à descendre les rejoindre dans la cour, parler des travaux à entreprendre dans le duplex. «Veux-tu boire quelque chose? Ginger Ale, de l’eau, une bière?» Stéphane me ramène une Bud froide, qui ne tarde pas à perler de sueur. Leurs deux chats, Percy et Speedy, rôdent autour des platebandes, cherchant l’endroit le plus frais où s’étendre. Josée et moi rigolons en comparant le nombre croissant de chantiers entrepris par Stéphane versus le fait qu’ils demeurent en friche de saison en saison, traînant de la patte. Soudain résonne la plainte canine, la première d’une triste nocturne. Après un silence, Josée et Stéphane me racontent leur angoisse la fois que Percy avait disparu pendant un peu plus de 48 heures. Après avoir craint le pire, leur joie de le retrouver à leur porte, tout sale; le soulagement qu’il ne lui soit rien arrivé de grave. Chaque nouvel aboiement les replonge dans ce souvenir. Un frisson me traverse.

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