Fugaces, et pourtant

[Série 9. Suite de Premières impressions]

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Il est presque 20 heures, je retrouve après le travail un quartier que j’habite depuis un peu plus de 3 ans. Je traverse le parc Raymond-Préfontaine, celui des trajets quotidiens, enseveli parfois sous la routine, la musique dans mes oreilles ou la fatigue d’une journée à la course.

Dans l’aire de jeux, une jeune femme se balance avec énergie. Elle semble absorbée, comme si elle était en train de réécrire une histoire, d’en changer chaque étape jusqu’à une fin qui ne saurait être celle qu’elle connaît déjà. Un nouvel élan la propulse vers le ciel, toutes ses forces se concentrent dans un choix qu’elle imagine différent.

Je ralentis le pas, aimerais déposer mon sac dans le sable, me débarrasser de mes sandales et m’élancer moi aussi, à ses côtés. Reprendre le fil d’une histoire, morceau par morceau, jusqu’à la laisser être emportée pour de bon. Je ralentis encore et remarque toute la détermination animant son profil, la façon dont ses doigts sont entrelacés aux chaînes de la balançoire. Je la regarde une dernière fois avant de dépasser l’aire de jeux ; l’instant se vit tout en douceur.

J’atteins Dézéry, m’assure qu’aucune voiture n’arrive d’Hochelaga. Je marche sans me retourner ; la nuit se lève et enveloppera bientôt celle qui réécrit l’une de ses histoires. J’entends le léger couinement du siège et des chaînes. Comme elle s’élance de plus belle, je retrouve une cour d’école, ces journées où ma sœur et moi nous balancions, visions les branches des peupliers bordant le carré de sable. La joie et la frayeur ressenties lorsque nous basculions vers l’arrière, quand une secousse ébranlait nos sièges comme si nous avions chuté d’un étage.

Notre empressement à nous propulser de nouveau, sans attendre la fin de l’histoire.

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