«J’aimais les chemins…»

« Je parlotais souvent alors, il y avait toutes sortes de chemins. Je quêtais une adresse par-ci, j’en offrais une par-là. On échangeait, avec pertes et profits. C’était gai, c’était triste. Il venait des phrases et des silences. On mélangeait. Ils appelaient ça vivre. D’un coup, lentement plutôt, ça s’en est allé. Je suis comme toi, Personne, et muet. En dedans. Ça fait mal. J’aimais les chemins; les petits, dérobés, tout croches et empêtrés. Avec eux, je ne demandais pas où, quand, et toutes ces choses. Les vagabonds, même qui s’ignorent, ont au moins un caillou qui roule à leur côté. Pas longtemps; mais ça suffit. »

 

Jacques Brault, «Il n’y a plus de chemin» dans Poèmes, Montréal, éditions du Noroît, 2000, p. 362.

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